Désigné par Franco pour être son successeur, Juan Carlos est longtemps resté dans l’ombre du chef d’état nationaliste. Le surnom « Juan Carlos le bref », utilisé par les opposants du régime avant qu’il ne devienne chef d’état, témoigne du peu d’intérêt qu’il suscitait dans les milieux politiques. Pourtant, ce que le jeune roi bourbon va réussir à faire relève du miracle : opérer la transition démocratique en Espagne, enterrer le franquisme et tout cela, sans effusion de sang. Laurence Debray, qui lui a consacré un livre, explique :
« Il prend tout le monde à revers et il dit que son programme politique, contre toute attente, va être de réconcilier les espagnols entre eux - puisque qu’il y avait encore cette cassure liée à la guerre civile qu’avait entretenue Franco pendant 40 ans - et qu’il va prendre le chemin de la démocratie. »
Juan Carlos va également se distinguer par son sang-froid et sa fermeté, alors que l’Espagne traverse une période de tensions politiques importantes dans les années 80. En 1981, lorsque des officiers de l’armée prenne d’assaut le Congrès, le roi d'Espagne apparaît ainsi à la télévision, habillé en général pour rassurer la population et réaffirmer la nature démocratique du régime .
Une trajectoire personnelle trouble
Au cours de la dernière décennie, une série d’évènements va largement dégrader l’image de l’institution royale espagnole. Tout commence en 2012, lorsqu’une photo du roi est publiée le montrant en pleine session de chasse à l’éléphant, alors qu’il était en voyage au Botswana avec une maîtresse :
« Alors que la veille, il se disait préoccupé par le chômage, qui concernait un quart de la population active espagnole, les espagnols découvrent que le roi a une vie privée qu’ils ne soupçonnaient pas et qu’il a aussi une vie qui finalement est très insouciante par rapport aux problèmes du pays. »
Les révélations faites par l’ancienne maîtresse de Juan Carlos à la BBC en août, évoquant d’importantes sommes d’argent versées par l'Arabie Saoudite et placées dans des comptes off-shore, achèvent de ternir l’image de la famille royale auprès des espagnols.
Selon Laurence Debray, l’attrait du roi Juan Carlos pour le faste s'explique de deux manières : d'une part la famille royale espagnole souffre d'un complexe d'infériorité vis à vis des autres familles royales européennes, car tous leurs biens appartiennent au patrimoine national ; d'autre part Juan Carlos semble vouloir compenser des années de restrictions qui l'ont durablement marqué :
« Enfant, il a toujours manqué. Son père survivait grâce aux largesses d’aristocrates espagnols qui le faisaient vivre en exil, son grand-père Alphonse XIII quand il part en exil, il perd tout. Et quand Juan Carlos part en Espagne il dépend de Franco qui lui donne un petit peu d’argent de poche mais pas énormément. Donc il a toujours vécu dans ce manque et malheureusement toute cette jet set décomplexée d’hommes d’affaire, tout ça l’a toujours beaucoup attiré. »
C’est ainsi que Juan Carlos 1er, homme d’état régi par des principes démocratiques et ayant souffert de l’exil lorsqu’il était enfant, finit paradoxalement par fuir la justice de son pays loin des siens, aux Émirats Arabes Unis.