Depuis la plus haute antiquité jusqu’à notre époque, la construction mythique de Dédale, à la fois antre du Minotaure et symbole du parcours victorieux de Thésée, marque les esprits. Le motif du labyrinthe est également repris par l'architecture chrétienne, particulièrement en plein Moyen Age. Comment expliquer la permanence de la figure du labyrinthe, quel sens lui donner ? Michel Cazenave recevait, en 1999, l'archéologue Paul Faure et les historiens Alain Erlande-Brandenburg et Annie Cazenave pour aborder ces questions.
Le labyrinthe, une figure présente à travers les époques et les civilisations
Selon Paul Faure, son étymologie indique clairement que le labyrinthe est antérieur à la civilisation grecque classique. Le tracé labyrinthique de certaines grottes paléolithiques ornées de peintures et de gravures sacrées, en témoigne également. Dans la mythologie grecque, le labyrinthe est une série de couloirs et de galeries complexes conçus par Dédale, pour enfermer le Minotaure. "Cette figure antique était très largement répandue aussi bien en architecture c'est-à-dire en élévation, qu’en plan, au sol dans des jardins", explique Alain Erlande-Brandenburg . "Le mythe du Minotaure étant une chose particulièrement étrangère à la religion chrétienne, on aurait pu imaginer qu'elle disparaitrait avec le paganisme, mais cela n'a pas été le cas", ajoute l'historien. On retrouve en effet très fréquemment le motif à l'entrée ou dans la nef des églises médiévales.
Des liens certains entre labyrinthes antiques et chrétiens
“Nombre de labyrinthes, à la fin de l'époque antique, étaient simplement descriptifs, une sorte de jeu décoratif. Les premiers labyrinthes des églises chrétiennes sont quant à eux très anciens, datant du 4e siècle”, constate Paul Faure et il n’y a pas eu, selon lui, de véritable rupture entre la tradition antique et la récupération chrétienne, les chrétiens ayant en quelque sorte christianisé le labyrinthe. La continuité entre le mythe grec et la pratique chrétienne est bien attestée, même si les archéologues ne connaissent pas tous les détails de cette transmission. Une différence fondamentale existe malgré tout entre le labyrinthe antique destiné à protéger ainsi la société du Minotaure, et le labyrinthe médiéval qui est un parcours avec entrée, accès clair menant en son centre, et cheminement inverse.
Labyrinthes et voyages intérieurs
En Crète, le labyrinthe avait déjà à voir avec la sacralité de la terre-mère et avec des processus d'initiation qui se dérouleraient dans ses entrailles. En s’attardant sur leurs représentations dans l’architecture religieuse chrétienne, on perçoit que ces labyrinthes étaient censés représenter un parcours initiatique, une aspiration à la sainteté ou la connaissance d’un absolu. De tailles très variables, ils étaient indissociables, évidemment, de la pratique des pèlerinages, parcours de sainteté dont l’inscription dans l’espace de l’église devaient marquer pour les fidèles la possibilité d’un salut... avant que les évolutions et les transformations du catholicisme ne finissent par effacer ce dédale de la pratique du culte.
Retrouvez l'ensemble du programme d'archives "Infinis labyrinthes" proposé par Antoine Dhulster.
- Par Michel Cazenave
- Avec Paul Faure (archéologue, professeur honoraire de civilisation grecque à l'université de Clermont Ferrand), Alain Erlande-Brandenburg (conservateur en chef à la bibliothèque nationale et historien de l’art) et Annie Cazenave (historienne, ingénieur de recherches au CNRS)
- Réalisation Isabelle Yhuel
- Les vivants et les dieux : symboles et religions - Le labyrinthe et le sacré (1ère diffusion : 18/09/1999)
- Édition web : Hélène Blanc, Documentation de Radio France
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